Post-mortem — transparence

47 minutes d'indisponibilité à Reykjavik : le récit complet

Le vendredi 4 novembre 2022, entre 03 h 14 et 04 h 01 UTC, l'ensemble des services hébergés sur notre point de présence de Reykjavik a été injoignable. Durée totale : 47 minutes. Aucune donnée n'a été perdue, aucune machine n'a planté. Cet article reprend la chronologie complète, la cause — y compris notre propre erreur — et les changements déployés depuis. Il est publié cinq jours après l'incident, ce qui est notre engagement : récit complet, sous sept jours, à chaque fois.

Résumé exécutif

  • Cause immédiate : section d'une gaine technique lors de travaux de voirie, gaine commune aux deux liaisons opérateurs du POP.
  • Impact : 312 VPS injoignables, trafic entrant et sortant perdu, zéro perte de données.
  • Erreur de conception : nos deux liaisons étaient redondantes sur le papier — deux opérateurs, deux contrats — mais partageaient le même chemin physique. Vérifié trop tard.
  • Mesures : diversité physique vérifiée par OTDR sur les six POP, second opérateur à entrée de bâtiment distincte à Reykjavik, première mise à jour de statut engagée sous 5 minutes, crédits SLA automatisés.

Chronologie minute par minute

Tous les horaires sont en UTC, extraits de nos systèmes de supervision (alerting interne, journaux BGP, page de statut). Nous ne retouchons rien.

Heure UTC Événement
03:14Alarmes : les deux sessions BGP du POP Reykjavik tombent. L'astreinte est déclenchée automatiquement.
03:19Le NOC ouvre l'incident interne INC-2022-041 et envoie la page à l'ingénieur réseau de garde.
03:27Diagnostic : la liaison principale est coupée ; la bascule sur la liaison secondaire échoue. Premier soupçon de cause commune aux deux fibres.
03:31Première mise à jour de la page de statut publique — 17 minutes après le début. Trop lent : voir « Ce qui a changé depuis ».
03:36Appel avec l'opérateur local : une équipe est dépêchée sur le site. Constat : une gaine technique sectionnée par des travaux de voirie, deux fibres à l'intérieur.
03:52Épissurage d'urgence commencé par les équipes de l'opérateur sur place.
04:01Liaison rétablie, sessions BGP reconvergées en 40 secondes, l'ensemble des 312 VPS répond. Incident clos côté service.

Impact réel

312 VPS ont été injoignables pendant 47 minutes. Précisons ce que cela signifie techniquement : les hyperviseurs ont continué de tourner sur leurs onduleurs, le stockage NVMe local n'a jamais été interrompu — seule la connectivité réseau a manqué. Aucune machine ne s'est arrêtée, aucune donnée n'a été perdue, aucun filesystem n'a nécessité de vérification.

Sur le plan commercial : 38 clients nous ont écrit pendant l'incident, 6 ont demandé un avoir. Nous avons crédité automatiquement les 312 services concernés — un jour de service chacun — sans qu'aucun ticket ne soit nécessaire. Les autres points de présence n'ont reçu aucun trafic de report significatif : la majorité des clients de Reykjavik y sont pour la juridiction islandaise, pas pour la latence.

0 min
Durée totale
0
VPS affectés
0
Donnée perdue
0 %
Clients crédités

La cause, sans maquillage

Le récit confortable serait : un tiers a coupé un câble, coup du sort. La vérité est plus ennuyeuse et beaucoup plus utile. Nous pensions avoir deux liaisons d'opérateurs distincts à Reykjavik — noms différents, contrats différents, équipements différents. Mais entre le bâtiment et le premier nœud de transport, les deux fibres empruntaient la même gaine technique enterrée. Une seule pelleteuse a donc suffi.

C'est l'erreur classique du double attachement « sur le papier », et elle est entièrement de notre fait. Nous avions vérifié les contrats et les SLA, pas le chemin physique. La vérification qui aurait révélé le problème en dix minutes — une trace OTDR et un constat terrain du génie civil — n'a été demandée qu'après la panne. Cette phrase, nous l'écrivons pour que n'importe quel opérateur qui nous lit puisse l'éviter chez lui : deux opérateurs ne garantissent rien si leurs câbles se tiennent la main.

Ce qui a changé depuis

  • Diversité physique vérifiée : traces OTDR et constats de génie civil signés pour chaque liaison des six POP — Rotterdam, Bucarest, Reykjavik, Zurich, Panama City, Moscou. Un chemin non documenté est considéré comme partagé.
  • Second opérateur à Reykjavik : entrée de bâtiment distincte, génie civil distinct, activation le 8 novembre 2022.
  • Communication : engagement de première mise à jour publique en moins de 5 minutes après détection, testé par exercice trimestriel — pas seulement promis.
  • Bascule réelle : exercice de cou physique (pas simulé) d'une liaison par trimestre, sur un POP tournant, à heure annoncée sur la page de statut.
  • SLA automatisé : tout incident dépassant 15 minutes déclenche l'avoir correspondant sans ticket — la demande de remboursement devient inutile par construction.

Depuis le 8 novembre 2022, Reykjavik tourne en double attachement réellement diversifié. Ces 47 minutes restent, à ce jour, la totalité du temps d'arrêt du POP depuis son ouverture en avril 2021 — un point dont nous ne sommes pas particulièrement fiers : il aurait dû être zéro.

Nous publions ce post-mortem parce qu'un hébergeur qui ne montre que ses bons jours n'est pas un hébergeur fiable : c'est une brochure. La prochaine coupure viendra, d'où nous ne savons pas. Ce que nous pouvons garantir, c'est le récit complet, dans les sept jours, à chaque fois.

Après l'incident

Questions reçues depuis le 4 novembre

Mes données ont-elles été affectées ?
Non. L'alimentation et le stockage locaux n'ont jamais été interrompus : les hyperviseurs ont continué de fonctionner sur onduleurs pendant toute la coupure réseau. Seule la connectivité a manqué. Aucun filesystem n'a nécessité de réparation, aucune sauvegarde n'a été invalidée.
Pourquoi la redondance n'a-t-elle pas protégé le service ?
Nos deux liaisons appartenaient à deux opérateurs distincts, mais empruntaient la même gaine technique entre le bâtiment et le premier nœud de transport. Un seul point physique commun a donc neutralisé les deux chemins logiques. C'est une erreur de conception que nous avons corrigée — voir « Ce qui a changé depuis ».
Ai-je droit à un avoir ?
Il est déjà versé : les 312 services concernés ont été crédités d'un jour automatiquement, sans ticket à ouvrir. C'est désormais la règle générale : tout incident supérieur à 15 minutes déclenche le crédit SLA correspondant de lui-même.
Où suivre un incident en temps réel ?
Sur la page de statut, qui couvre chaque point de présence, avec abonnement par email ou flux RSS. Notre engagement de communication est désormais de 5 minutes entre la détection interne et la première mise à jour publique.
Et si un incident dépasse largement une heure ?
Le SLA contractuel prévoit des crédits croissants avec la durée — jusqu'à 100 % du mois concerné au-delà de 24 heures d'indisponibilité continue. Les détails chiffrés figurent dans nos conditions générales. En pratique, depuis 2021, aucun incident n'a dépassé 47 minutes.

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