Le constat, en un graphique
Sur 11 437 factures soldées entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024, la répartition par actif est la suivante (part en valeur, toutes juridictions confondues) :
Méthodologie : part en valeur USD à la date de confirmation, factures uniques payées (renouvellements comptés une seule fois), agrégat Paymento + dépôts on-chain. Les journaux d'audit internes ont été anonymisés avant agrégation.
Monero pèse désormais 44 % de nos encaissements — devant Bitcoin pour la première fois, et de loin. USDT reste l'appoint stable des clients qui veulent du dollar sans volatilité. Ce n'est pas un effet de mode : c'est la continuité d'une tendance mesurée chaque année depuis 2021.
Quatre années de glissement, mesurées
| Année | XMR | BTC | USDT | ETH | LTC | SOL | TRX |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2021 | 22 % | 50 % | 5 % | 11 % | 12 % | — | — |
| 2022 | 29 % | 41 % | 10 % | 9 % | 11 % | — | — |
| 2023 | 36 % | 38 % | 12 % | 6 % | 5 % | 2 % | 1 % |
| 2024 | 44 % | 26 % | 15 % | 6 % | 4 % | 3 % | 2 % |
Lecture rapide : Bitcoin a été divisé par deux en part relative en trois ans, Monero a doublé, les stablecoins grignotent. Rien de dramatique pour autant — Bitcoin reste un quart de notre activité, et la valeur absolue encaissée en BTC a progressé chaque année. C'est la structure qui change, pas l'adoption.
Nous publions ces chiffres pour une raison simple : quand un hébergeur crypto-only raconte que « 90 % de nos clients paient en Bitcoin », il décrit souvent 2019, pas ses propres comptes. Les comptes racontent autre chose, partout où nous avons pu comparer avec des pairs du secteur.
Pourquoi Monero gagne du terrain
Monero n'est pas « plus privé » par marketing : sa confidentialité est structurelle, par défaut, sur chaque transaction. Adresses furtives (stealth addresses) qui rendent inutilisable le réemploi d'adresse ; signatures de cercle (ring signatures) qui noient l'émetteur parmi un cercle de signataires possibles ; montants masqués par Confidential Transactions. Concrètement, un observateur extérieur — un employé d'exchange, un analyste de chaîne, un plaignant — ne peut pas relire qui a payé quoi, même en disposant du registre complet.
Ajoutez l'expérience opérationnelle, qui compte autant : confirmation rapide (nous créditons après 2 confirmations, soit environ 4 minutes, contre 1 confirmation BTC à ~10 minutes), frais stables et bas, et zéro réutilisation d'adresse à gérer côté client. Pour un paiement récurrent de serveur, c'est simplement l'outil le plus fluide du panier — la confidentialité est un bonus que nos clients savent évaluer, mais la fluidité paie d'abord les factures.
Le risque concret des chaînes transparentes
Nous ne moralisons pas les moyens de paiement : Bitcoin, Ethereum et USDT restent acceptés, bien documentés et bien supportés. Mais nous avons le devoir de rappeler un fait technique que beaucoup découvrent trop tard : les chaînes transparentes sont permanentes et relisables.
- Le lien identité–serveur est public. Payez votre VPS en BTC ou en ETH depuis un exchange qui connaît votre identité, et vous avez créé une arête de graphe publique, définitive, entre votre identité KYC et l'adresse de votre serveur. Toute recherche qui part de l'exchange aboutit à votre facture. Nous ne pouvons pas l'empêcher : c'est écrit dans la chaîne.
- L'USDT ajoute une couche de contrôle émetteur. Tether gèle les adresses placées sur liste noire ; une adresse de paiement peut devenir inutilisable entre la création de la facture et la confirmation. Notre processus détecte ces cas et réémet la facture, mais la friction existe — sur Monero, ce scénario est techniquement impossible par conception.
- Le clustering se fait dans les deux sens. Les analystes de chaîne remontent du serveur vers le portefeuille et du portefeuille vers le serveur. Si vous tenez à votre pseudonymat face à votre hébergeur, un dépôt on-chain depuis un wallet KYC contredit l'objectif — quelle que soit la confidentialité de l'hébergeur lui-même.
« La chaîne n'oublie jamais. C'est sa force, et c'est exactement pourquoi il faut choisir consciemment ce qu'on y écrit. »
Ce que nous en déduisons — et ne déduisons pas
Ce que nous en déduisons : garder les sept actifs, documenter honnêtement les compromis de chacun, et recommander XMR par défaut aux clients qui nous demandent « le plus simple et le plus discret ». C'est tout. Payer en Monero n'est pas illégal — c'est un moyen de paiement licite, accepté par des centaines de commerçants — et nous refusons d'en faire aussi bien un gage de « bon client » qu'un signal d'alerte.
Ce que nous n'en déduisons pas : quoi que ce soit sur la légalité de ce que vous hébergez. La politique est identique quel que soit le réseau utilisé. Notre AUP (pas de phishing, pas de malware, pas de spam, pas de CSAM) s'applique à 100 % des services, payés en XMR comme en USDT, et le paiement privé ne rend ni une plainte moins recevable ni un abus plus difficile à traiter — il garde simplement vos motifs privés, ce qui relève d'un droit, pas d'une suspicion.
Enfin, une note d'honnêteté technique : Monero a ses frictions — moins de liquidité sur certains exchanges, wallets moins guidés pour les débutants, confirmations à attendre. Si vous débutez, notre guide du premier paiement en Monero vous prend par la main ; et si vous préférez payer en BTC depuis un wallet non-KYC, tout fonctionne exactement pareil.