Transparence — pratique

Warrant canary : pourquoi il existe et comment le vérifier

Notre premier warrant canary datait du 1er octobre 2021. Depuis, nous en publions un chaque trimestre : texte daté, signé avec une clé dédiée, répété à heure fixe. Cet article explique pourquoi un hébergeur qui ne stocke rien en publie quand même — et comment vérifier le nôtre sans nous faire la moindre confiance.

Définition : un canari, pas un certificat

Un warrant canary est une déclaration régulière d'absence : « à ce jour, nous n'avons reçu ni ordonnance assortie d'une interdiction de révélation, ni demande de saisie matérielle, ni injonction de surveillance ». Le principe vient des États-Unis, où certaines injonctions — les National Security Letters — interdisent formellement d'informer la cible : on ne peut pas dire qu'on a reçu une telle lettre, mais rien n'interdit de cesser de dire qu'on n'en a pas reçu. Le canari fonctionne donc par disparition : tant qu'il chante, tout va — du point de vue qu'il couvre.

Un canari n'est pas une preuve cryptographique d'innocence. C'est un engagement de format : une phrase précise, signée, datée, répétée à intervalle régulier. Sa force tient à la régularité et à la vérifiabilité — pas à la magie.

Pourquoi un hébergeur « zéro log » en publie un

Nous ne conservons ni log, ni identité, ni moyen de paiement nominatif. Reste ce qu'aucune politique de logs ne peut éliminer : la saisie matérielle — un hyperviseur saisi dans un centre de données n'a pas besoin de nos logs pour être lu —, les ordonnances visant la plateforme elle-même, ou une injonction de bâillon visant… le canari. La vigilance n'est pas un état que l'on déclare une fois : c'est une pratique répétée.

Le canari nous discipline aussi, et c'est peut-être sa fonction la plus utile. Écrire chaque trimestre, en conscience, « rien à signaler » force une revue interne formelle : juridiction par juridiction, demandes reçues, demandes rejetées, tickets sensibles. C'est devenu notre audit de transparence interne — celui que personne ne nous impose et que nous nous imposons.

Vérifier notre canari en trois commandes

Chaque canari est publié en texte brut accompagné d'une signature OpenPGP, avec une clé de transparence créée avant le lancement du service — en avril 2021 — et inchangée depuis. Empreinte complète :

Clé de transparence
pub   ed25519/0x22D9F8E45A16B307 2021-04-02 [SC]
      4C7A 1E2F 9B03 D5E8 71A4  0C6B 22D9 F8E4 5A16 B307
uid   VPSPLEX Transparency <[email protected]>
Vérification
$ gpg --keyserver keys.openpgp.org --recv-keys 0x22D9F8E45A16B307
$ gpg --verify canary-2022-Q4.txt.sig canary-2022-Q4.txt
gpg: Good signature from "VPSPLEX Transparency <[email protected]>"
gpg: Signature made Fri 06 Jan 2023 12:00:01 UTC

Deux précisions pour les paranoïaques raisonnables. Premièrement : récupérez la clé depuis un serveur de clés public, pas depuis notre site — sinon nous pourrions signer n'importe quoi avec n'importe quelle clé et vous ne le verriez pas. Deuxièmement : la vérification prouve que le texte est signé par le détenteur de cette clé depuis 2021 ; elle ne prouve pas que la clé n'a pas changé de mains. C'est pourquoi l'empreinte est répétée dans chaque canari et sur la page dédiée depuis avril 2021, sans jamais avoir varié d'un seul caractère. Si elle change, fuyez.

La cadence et les canaris passés

Publication le premier vendredi de janvier, avril, juillet et octobre, à 12 h 00 UTC précises. Un canari publié avec plus de 48 heures de retard doit être considéré comme compromis : cette règle est écrite noir sur blanc sur la page du canari, ce qui nous engage publiquement.

Période Publication Statut de la signature
Q3 2021 — premier canari1er octobre 2021Signé, valide
Q4 20217 janvier 2022Signé, valide
Q1 20221er avril 2022Signé, valide
Q2 20221er juillet 2022Signé, valide
Q3 20227 octobre 2022Signé, valide
Q4 20226 janvier 2023Signé, valide

Le prochain canari — Q1 2023 — doit paraître le 7 avril 2023 à 12 h 00 UTC. Il est déjà rédigé et contresigné par deux membres de l'équipe : l'astreinte canari est prise au sérieux, au point que sa non-exécution déclencherait elle-même une alerte interne.

Les limites, honnêtement

Trois limites méritent d'être écrites, parce qu'un canari présenté sans elles serait de la cosmétique.

  • Le canari ne couvre pas les demandes rejetées. La grande majorité de ce que nous recevons — plaintes DMCA étrangères, signalements automatiques — est rejetée avant même d'atteindre le seuil légal. Le canari couvre les ordonnances secrètes et bâillons, pas le courrier public que nous refusons.
  • Une juridiction peut s'attaquer au canari lui-même. Si une ordonnance nous obligeait à mentir dans le canari, nous ne pourrions ni le dire ni le signer honnêtement. Notre parade principale reste le mécanisme de retrait : retard de plus de 48 heures = canari compromis, règle publique et vérifiable par tous.
  • La couverture est par juridiction. Chaque canari détaille, pays par pays, ce qui a été reçu où — Rotterdam, Bucarest, Reykjavik, Zurich, Panama City, Moscou. Une absence globale masquerait trop ; une absence par pays raconte juste.

Le canari vivant — texte courant, signature, historique et état de vérification — est sur la page dédiée. Ne nous croyez pas sur parole : c'est précisément le point.

Questions fréquentes

Le canari, en cinq questions

Un canari publié avec quelques heures de retard est-il grave ?
Notre règle publique est sans nuance : 48 heures de retard, et le canari doit être considéré comme compromis — traitez le compte comme potentiellement sous surveillance et contactez-nous par les canaux publics. Depuis octobre 2021, les six canaris publiés sont arrivés à l'heure fixe, à la minute près. La règle n'a jamais eu à s'appliquer.
Puis-je vérifier la signature sans rien installer ?
Oui : la page du canari affiche le statut de vérification et des services publics de vérification OpenPGP fonctionnent dans le navigateur. Mais la vérification locale avec GnuPG reste la référence — trois commandes, deux minutes, zéro confiance requise envers notre site.
Que couvre exactement le canari ?
L'absence d'ordonnances secrètes, d'injonctions de surveillance et de saisies matérielles, déclinée juridiction par juridiction. Il ne couvre pas les plaintes publiques rejetées — leur traitement est décrit dans notre politique DMCA et notre AUP.
Et si vous recevez une injonction assortie d'un bâillon ?
Nous ne pouvons ni confirmer ni infirmer ce cas précis — c'est exactement ce que le mécanisme du canari cherche à rendre visible par disparition ou retard. C'est sa force et sa limite à la fois : il transforme une obligation de silence en un signal observable, sans nous permettre d'en parler directement.
Pourquoi trimestriel, et pas mensuel ?
Équilibre entre discipline et signal. Mensuel ajouterait du bruit sans information supplémentaire ; semestriel laisserait trop de temps mort. Le trimestre correspond aussi à notre cycle de revue juridictionnelle interne. Si un jour la menace justifie une cadence plus serrée, nous la resserrerons et l'annoncerons dans le canari lui-même.

Ne nous croyez pas sur parole.

La page du canari affiche le texte, la signature et l'état de vérification en continu. Tous nos autres engagements se vérifient de la même façon.

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